« Alias », le dispositif qui musèle les assistants vocaux

Depuis l’entrée en vigueur du RGPD, la protection des données à caractère privé des utilisateurs est devenue une problématique centrale. D’autant plus avec l’essor des assistants vocaux et l’engouement pour le vocal. Définitivement entré en vigueur en France le 25 mai 2018, ce texte a d’abord défini les catégories de données. Celles qui nous intéressent sont les données personnelles identifiant de manière directe ou indirecte l’utilisateur d’une structure. Or, il ne s’agit pas de n’importe quelle structure. Ce texte vise en particulier les structures dont l’activité revient à collecter et/ou traiter ce type de données. 

C’est pourquoi une large majorité de sites internet sont tombés sous le coup du RGPD. En témoigne les envois massifs de mails – survenus après l’entrée en vigueur du texte – émanant de sites divers et expliquant à quoi étaient employées nos données. Plus largement, ce texte est survenu après le scandale Facebook – Cambridge Analytica. Pour rappel, Facebook avait été accusé d’avoir vendu les données de plusieurs millions d’utilisateurs. Ces données avaient été utilisées par la société Cambridge Analytica. Cette dernière avait alors pu estimer les intentions de vote dans le cadre des élections américaines. 

Assistants vocaux et données personnelles : une crainte justifiée ?

Dans ce contexte anxiogène, il est normal que les assistants vocaux soient dans la ligne de mire des utilisateurs. En effet, quoi de plus intrusif qu’une enceinte connectée ? Elle ne dort jamais vraiment et vous écoute à chaque instant en raison du fait qu’elle se trouve dans votre foyer. Pourtant, il convient de relativiser ces inquiétudes, notamment en raison du fait que les entreprises telles qu’Amazon et Google auraient gros à perdre si de telles pratiques étaient avérées. D’autre part, parce que la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) veille au grain.  

Ainsi, celle-ci précise par l’intermédiaire de Gwendal Le Grand (directeur des technologies et de l’innovation), que les assistants vocaux vous écoutent effectivement. Toutefois, ils n’enregistrent ce que vous dites que lorsqu’un mot clé particulier est prononcé. Ce mot clé combiné à une phrase prononcée sous la forme interrogative sera constitutif d’une requête. Or, seules ces requêtes feront l’objet d’un enregistrement dans l’assistant vocal ou dans les serveurs du fabriquant. 

Si vous n’êtes toujours pas rassuré, sachez que les assistants vocaux offrent la possibilité de consulter la liste des bruits captés par l’assistant, de même que les requêtes formulées. Ainsi, vous avez accès aux requêtes enregistrées par l’assistant lui-même ou bien dans les serveurs du fabricant. Tout contrevenant s’expose de toute façon à une sanction financière, pouvant s’élever jusqu’à 4% du chiffre d’affaires. 

Alias ou la technologie qui assourdit les assistants vocaux

Pour ceux qui ne seraient toujours pas convaincus par la mise en place de ces garde-fous, un binôme a imaginé pour eux un certain dispositif. Baptisé « Alias », cet objet aux allures de technologie extraterrestre prend le contrôle de vos enceintes connectées. Il n’est pas sans rappeler la forme d’un champignon, une volonté assumée par ses deux créateurs. Bjørn Karmann et Tore Knudsen expliquent s’être inspirés du fongus qui contamine certains insectes exotiques. Les insectes contaminés sont ensuite privés de libre arbitre et disséminent les spores du champignon avant de mourir. Un modèle quelque peut macabre, d’autant que la finalité d’ « Alias » ne va pas aussi loin. 

Compatible avec Google Home ou Amazon Alexa, ce dispositif se place au sommet des enceintes connectées. Equipé de deux hauts parleurs, d’un mini ordinateur Rapsberry Pi et d’un micro, Alias diffuse un bruit blanc parasitant le micro des enceintes connectées lorsque vous n’en avez pas besoin. 

Afin de se faire entendre à nouveau de votre assistant vocal, il vous suffit de paramétrer une commande vocale qui mettra fin au bruit blanc. Laissez alors libre cours à votre imagination puisque vous êtes seul décideur de quelle sera cette commande. Alias reconnaîtra votre ou vos commandes par le biais du machine Learning. Précisons que toutes ces commandes sont stockés localement, empêchant toute fuite de données. 

Une fois le bruit blanc suspendu, le dispositif susurre « Hey Alexa » ou « Ok Google » selon l’assistant dont vous êtes équipé. Cela a pour effet de le ranimer instantanément. Ajoutons à cela que la philanthropie des créateurs d’ « Alias » les a poussé à rendre le code de l’appareil accessible en open source. 

Un besoin de personnalisation

Au delà du fait de protéger nos données personnelles, cette solution répond à un autre besoin : celui de s’affranchir (un peu) des dictats d’Amazon et Google. En décembre denier, Médiamétrie estimait à 1,7 million le nombre d’utilisateurs français d’enceintes connectées. Ce chiffre reste évidemment inférieur à la part des 53 millions d’américains détenteurs d’enceintes connectées (21% des adultes américains). 

C’est en partant de ce constat que Tore Knudsen et Bjørn Karmann ont imaginé « Alias ». Ils ont alors tenu à le rendre personnalisable. Une approche qui diffère diamétralement de celle des fabricants d’enceintes connectées. Rappelons que pour réveiller la technologie qui sommeille, il convient de prononcer le nom de l’assistant. Cette action peut paraître anodine mais elle revient à abandonner le besoin d’individualité qui nous caractérise. 

A ce propos, la liberté de nommer une chose comme bon nous semble permet d’oublier un temps soit peu que nous nous adressons à une machine. Aussi, cette fonctionnalité devrait être davantage explorée par Google et Amazon. D’autant que la technologie « Alias » n’est malheureusement pas commercialisable en l’état.. 

Sigismond de Malleray

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