Trop de visuels, tue le visuel ? Pourquoi le vocal change la donne !

« Trop de… Tue le ? » Dès que les choses semblent déborder, la sempiternelle expression revient. En prenant du recul sur l’évolution du numérique au cours des dernières années, nous sommes en droit d’appliquer cette question à l’image.

Le Web 2.0 et l’apparition du User Generated Content ont fait que nous en sommes abreuvés à longueur de journée. Alors que nous disposons de moyens de communication mondialisés, il semble plus que jamais difficile de faire émerger les choses pertinentes de cette masse. À une époque ou chaque minute est comptée, l’individu se retrouve contraint de passer une grande partie de son temps à trier, entre les stories de ses copains éméchés, les contenus de marques, les créations inspirantes et les colonies de chatons.

Il y a quelques mois, un photographe nous confiait que finalement les applications comme Instagram ne pouvait que le servir. Son postulat était simple : les images postées par les amateurs ne font que valoriser la qualité des siennes. Sauf que le rythme imposé par l’addiction à l’engagement de ces réseaux nous offre t-il encore la possibilité de s’arrêter sur une image et la contempler à juste titre. La chose est moins certaine.

Le vocal en ce qu’il a de plus prometteur nous offre au moins un début de réponse. Sa nature même va inverser la manière dont nous allons consommer les contenus. Il faudra être plus fin qu’accrocheur. Pour cela, l’action vocale devra tout simplement se calquer sur l’art de la conversation : c’est à dire être engageante, pertinente, porteuse de réponses, sans oublier de s’adapter à l’oreille de son interlocuteur. Le son rassurant d’une voix, combiné au progrès de l’intelligence artificielle, vont permettre aux créateurs de contenus de s’exprimer différemment, mais surtout, pas pour ne rien dire.

Les actions, skills ou autre app que nous trouverons sur les différents assistants vocaux devront avant tout être désignés pour répondre à un besoin, résoudre une question ou se mettre en relation avec la bonne personnes. Quand l’image veut vendre du rêve et ne tient pas ses promesses, le vocal s’encre dans le concret, élabore un échange verbalisé au sein même d’une conversation virtuelle, mais dont la qualité à tout de réel. Il n’est pas difficile d’imaginer les marques vous livrer tous les détails sur leurs produits, vous raconter l’expérience de leur client, tout en laissant aux consommateurs la part d’imagination dont il a besoin pour jouir agréablement et durablement du produit qu’il consomme.

L’image, un rêve d’universalité impossible ?

Jusqu’au début des années 2000, le design graphique était considéré comme une forme dérivée de l’art. Le travail des formes, des signes et de la typographie tendait vers une volonté de créer avec l’image un nouveau langage universel. Une utopie inachevée. La diffusion de celle-ci sur les réseaux sociaux a manifestement contribué à homogénéiser les tendances à travers le monde, avec pour conséquence de balayer les particularités culturelles qui en formaient la richesse. Le digital a milité pour une communication à tout va par l’image, oubliant que la question du regard dépend principalement des acquis propres à chacun.

Le vocal ne se retrouve pas confronté à la même problématique. Il s’accroche à un système de communication ancestral et universel, ou seule la pluralité des langues constitue une barrière. Il ne s’accroche pas à un phénomène de mode, mais pense avant tout accessibilité et intiutivité. Le « parler » comme porte d’entrée évite de laisser une frange de la population en marge, et cela même s’il est connecté. Une personne n’ayant jamais réussie à se saisir d’un clavier et d’une souris, n’aura aucun mal à s’adresser à une enceinte intelligente. Cette universalité laisse entrevoir de nombreuses perspectives d’avenir, notamment dans le domaine de la santé et la facilitation de l’accès au soin. Les première initiatives dans ce sens sont d’ailleurs en train de voir le jour.

Visuel et vocal, vers un échange de qualité 

On l’a compris, le vocal va prendre une part prépondérante dans notre rapport aux technologies. Cependant et heureusement, il ne va pas sur son passage, effacer tout ce qui a été fait auparavant. Au contraire, s’il se développe à bon usage, il sera une porte d’entrée plus qu’intéressante à de nombreux domaines créatifs, dont celui de l’image. Le conversation design va pouvoir intervenir là ou l’image est actuellement utilisée de manière totalement inefficace. Cela sonne donc la fin des visuels prétextes et de la diffusion intempestive pour obtenir de la visibilité, au profit d’une concentration accrue sur la valeur des contenus et l’importance de choisir ses canaux de diffusion.

Le rôle des créatifs et professionnels de l’image sera donc prépondérant et leur travail, respecté à juste titre, n’en sera que mieux mis en valeur.

Charles Loyer

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